Serge, je ne vois aucune "tête de cochon" 😉 . Il est indéniable que ce sont les investisseurs qui tranchent à la fin.
La comparaison avec les SCPI est intéressante car les risques sont pour moi bien différents mais pourtant avec le même point centrale dans l'appréciation de ces produits : le taux sans risque.
Dans le financement d'une centrale solaire qui est en service, il y a 2 grands risques :
- l'exploitation qui dépend en grande partie de l'ensoleillement, de la maintenance, d'une assurance de bon niveau en cas d'incident et de la pérennité du contrat d'achat de l'électricité (ce dernier point explique la sur-rémunération du Chili par exemple et on pourrait débattre de ce point comme vous l'évoquez)
- la capacité du sponsor à refinancer la dette au terme puisque nous sommes sur du papier in fine. Il le fera avec ses fonds propres ou une nouvelle dette, voir en vendant une partie de l'actif sous-jacent. Ce point est aujourd'hui crucial et c'est là que l'évolution des taux dans les prochains mois, voir années va jouer. J'inclus dans ce point l'illiquidité du papier car si vous commencez à douter du bon remboursement en cours de vie, vous ne pouvez malheureusement pas sortir du produit comme vous pourriez vendre une action. Il faut néanmoins bien avoir en tête qu'il existe un réel marché secondaire des actifs sous-jacents qui permet de trouver des solutions en cas de défaut lors du remboursement.
Sur une SCPI, je vois plusieurs points :
- le rendement n'est pas contractuel et peut baisser. Il est par ailleurs dépendant du bon paiement des loyers et aussi du taux d'occupation des locaux. Dans une situation économique tendue, l'aléa est ici plus fort que pour une centrale solaire et sa production d'électricité. L'inflation est normalement répercuter dans les loyers mais elle peut aussi provoquer des défauts de paiement pour certains locataires.
- la valeur de la part peut monter mais aussi baisser...à l'exception des plus anciens d'entre nous, nous n'avons que rarement vu les prix de l'immobilier baisser de façon conséquente et sur long terme. Néanmoins, si les actifs ne sont pas biens entretenus ou si l'emplacement n'a pas été bien sélectionné, un marché tendu peut vite sanctionner des actifs qui ne seraient pas premium. Il faut par ailleurs avoir en tête qu'un actif immobilier se comporte comme une obligation dans un marché de taux haussier compte tenu du fort effet de levier pour acquérir ces biens.
- la liquidité est un aussi véritable sujet. Suite à de véritables blocages dans les années 90, des poches de trésorerie sont prévues pour amortir de trop fortes demandes de sortie mais dans le cas d'un retournement de marché, il faut anticiper des délais qui s'allongent pour sortir car par nature, l'immobilier n'est pas un actif cessible en 24 heures.
Au final, vous avez :
- d'un côté un produit non liquide au rendement contractuel sans perspective de plus-value complémentaire dont le remboursement est planifié mais dépendant du sponsor et de sa capacité à se refinancer
- de l'autre, un produit au rendement fluctuant (voir baissier dernièrement) mais avec un gain possible en cas de cession si les marchés immobiliers continuent de monter et dont la liquidité est plutôt bonne tant qu'il n'y a pas un mouvement de panique chez les porteurs de parts.
Au final, comparer ces 2 produits sous le seul prisme du taux de rendement n'est pas pertinent. Certains investisseurs vont préférer le contractuel (taux/maturité) et d'autres le potentiel conforté par un rendement cible. Je ne peux donc pas dire que l'un soit meilleur que l'autre mais il est certain que l'évolution future des taux sans risque peut/va influencer la lecture que nous en avons.
Pour revenir sur la remarque d'ENR, il est certain que les spreads doivent s'écarter. Dans un monde où tout va bien, les taux convergent naturellement vers ceux de la meilleure signature. L'inverse est vrai et l'environnement actuel doit remettre en lumière ce point.
Il faut malgré tout avoir en tête que jusqu'à ce jour, nous financions des projets. L'appréciation du sponsor n'était pas négligée mais l'analyse du projet restait la clé. Si ce dernier n'était pas assez mature, nous devions alors nous attarder sur le sponsor pour nous assurer qu'il était suffisamment solide pour intervenir en cas de souci. L'aspect refinancement du papier au terme était secondaire car nous étions dans un monde lever de l'argent était plutôt facile et de moins en moins couteux. La hausse des taux en cours remet ce point en avant et donc justifie la remontée des spreads.