Faux livrets et faux comptes à terme
Le classique, et le plus coûteux par victime. Taux « garanti » de 5 à 10 %, documentation impeccable, espace client fictif. Cible privilégiée : les personnes ayant récemment vendu un bien ou reçu un héritage.
Protéger son épargne
Patrick Setzekorn LinkedIn ↗︎
Fondateur d'Argent & Salaire, investisseur en crowdfunding
Publié le Mis à jour le
Ce dossier est tenu par un site qui mesure le financement participatif depuis 2016 : nous passons nos journées à relever des rendements réels et des taux de défaut réels. C’est précisément ce qui permet de dire, chiffres publics à l’appui, à partir de quel niveau une promesse devient invraisemblable. Dernière revue éditoriale de cette page : juillet 2026.
Le mot « livret » porte en français une promesse implicite : capital garanti, argent disponible, aucun risque. C’est vrai du Livret A, du LDDS, du LEP. C’est ce contrat mental que l’escroc détourne : il conserve le mot, et il y accole un taux qui n’a aucun rapport avec la réalité de l’épargne sans risque.
Le scénario est stable. Vous laissez vos coordonnées sur un comparateur d’épargne ou une publicité sur un réseau social. Un « conseiller » rappelle dans l’heure, aimable, jamais pressant au premier appel. Il envoie une documentation soignée, un contrat, parfois une carte professionnelle. Le premier versement est modeste. Les intérêts apparaissent sur un espace client qui n’existe que pour vous. Rassuré, vous versez davantage. Puis vous demandez un retrait — et tout se referme.
Deux détails trahissent presque systématiquement le montage : le virement vers un compte à l’étranger, souvent au nom d’une société sans rapport avec la marque affichée, et l’insistance à contourner votre banque (« ne dites pas que c’est un placement, ils vont vous en proposer un autre »). Cette phrase-là n’a qu’une raison d’être : empêcher le conseiller bancaire de vous alerter.
Le classique, et le plus coûteux par victime. Taux « garanti » de 5 à 10 %, documentation impeccable, espace client fictif. Cible privilégiée : les personnes ayant récemment vendu un bien ou reçu un héritage.
Plateformes de « trading assisté », robots miracles, faux gains affichés en temps réel. Vous voyez votre solde grimper ; il n’existe que dans une base de données. Le retrait déclenche une cascade de « frais » à payer.
Le plus ancien terrain de chasse, toujours actif. Effet de levier présenté comme un multiplicateur de gains, jamais comme un multiplicateur de pertes. Ces acteurs alimentent chaque année les listes noires.
On vous vend un objet réel — ou censé l’être — avec promesse de revente à terme. Or, diamants, grands crus, whisky, cheptel, panneaux solaires, conteneurs maritimes, terres rares. Le bien n’existe souvent pas, et la revente jamais.
La technique la plus efficace aujourd’hui : reprendre le nom, le logo, le numéro d’agrément et jusqu’au numéro SIREN d’une société parfaitement légitime. Le site frauduleux diffère d’une lettre, ou d’une extension.
Nouveauté marquante : en 2026, la Banque de France a alerté sur des vidéos truquées mettant en scène son gouverneur et une dirigeante de l’ACPR recommandant un placement. Trente secondes d’enregistrement suffisent à cloner une voix.
Le numéro affiché est celui de votre agence — il est usurpé. L’interlocuteur connaît vos dernières opérations et vous demande de « sécuriser » votre compte. Aucune banque ne demande jamais un code, ni de valider une opération que vous n’avez pas initiée.
Un drame réel, une collecte ouverte par un inconnu. La générosité est le levier. Vérifiez toujours l’identité de l’organisateur et l’existence d’une source indépendante avant de donner.
Cherchez l’acteur sur les listes BLANCHES, pas sur les noires 2 min
L’ordre compte, et presque tout le monde le prend à l’envers. Une absence des listes noires ne prouve rien ; une absence des registres d’acteurs autorisés est éliminatoire. Selon le produit proposé, consultez le REGAFI (banques, paiement, services d’investissement), l’ORIAS (courtiers et conseillers) ou les listes d’acteurs autorisés de l’AMF (financement participatif, crypto-actifs).
Comparez le nom ET l’adresse du site, caractère par caractère 1 min
C’est l’étape que les escrocs anticipent : ils vous encouragent à vérifier, parce qu’ils ont emprunté l’identité d’un acteur réel. Le nom trouvé au registre correspond-il exactement à celui de votre interlocuteur ? L’adresse du site officiel, telle qu’inscrite au registre, est-elle exactement celle que vous avez sous les yeux ? Une lettre, un tiret, un « .com » devenu « .co » suffisent.
Passez ensuite sur les listes noires 1 min
Elles ne servent qu’à confirmer un doute, jamais à lever une inquiétude. L’AMF publie cinq listes distinctes (Forex, options binaires, dérivés sur crypto-actifs, crypto-actifs, biens divers) et l’ACPR les siennes (faux livrets, faux crédits, fausses assurances, usurpations).
Rappelez par un numéro que vous avez trouvé vous-même 1 min
Jamais celui du courriel ou de l’appel entrant. Reprenez le numéro sur le site officiel identifié à l’étape 2, ou sur un relevé bancaire. Le spoofing permet d’afficher n’importe quel numéro, y compris celui de votre propre agence.
Dans le doute, appelez la plateforme publique d’information gratuit
Assurance Banque Épargne Info Service, commun à l’AMF, à l’ACPR et à la Banque de France, répond aux particuliers et recense les mises en garde. Poser la question ne coûte rien ; ne pas la poser peut coûter une vie d’épargne.
| Registre | Tenu par | Ce qu’il couvre |
|---|---|---|
| REGAFI | Banque de France / ACPR | Tous les établissements autorisés à fournir des services bancaires, de paiement ou d’investissement en France |
| ORIAS | Registre unique des intermédiaires | Courtiers, conseillers en investissements financiers, intermédiaires en financement participatif et en assurance |
| Listes blanches de l’AMF | Autorité des marchés financiers | Prestataires de services de financement participatif (PSFP) et prestataires sur crypto-actifs autorisés |
Ces registres listent les acteurs autorisés. C’est là qu’il faut chercher en premier : une absence y est un signal d’alerte immédiat, alors qu’une absence des listes noires ne prouve strictement rien.
| Ce qu’on vous propose | Capital garanti ? | Comment le lire |
|---|---|---|
| Épargne réglementée (Livret A, LDDS, LEP) | Oui, garantie de l’État | Le taux est fixé par les pouvoirs publics et identique dans toutes les banques. Personne ne peut vous en proposer un meilleur : c’est arithmétiquement impossible. |
| Livret bancaire ou compte à terme | Oui, jusqu’à 100 000 € par établissement | Des taux promotionnels existent, sur quelques mois et sur des montants plafonnés. Un taux élevé et durable et garanti n’existe pas. |
| Financement participatif (prêt, immobilier) | Non | Des rendements bien supérieurs sont affichés — parce qu’il y a un risque réel de défaut. C’est exactement ce que mesurent nos baromètres, et ce que les escrocs escamotent. |
| Actions, fonds, SCPI | Non | La performance est variable, parfois négative. Aucun intermédiaire sérieux ne s’engage sur un rendement futur : c’est même interdit. |
| « 8 % garantis sur un livret » | La promesse est le mensonge | Arnaque, sans exception. Ce niveau appartient au monde du risque, et le mot « garanti » au monde sans risque. Les deux ne se rencontrent jamais. |
Règle de lecture universelle : plus le rendement annoncé est élevé, plus le risque doit être documenté. Un interlocuteur qui augmente le rendement et diminue le risque dans la même phrase décrit un produit qui n’existe pas.
C’est en connaissant les vrais chiffres qu’on repère les faux. Sur le financement participatif, que nous suivons depuis 2016, tout est public sur ce site : les rendements réellement publiés par les plateformes, mais aussi — et surtout — la part des projets qui tournent mal. Un investisseur qui a lu un baromètre de taux de défaut ne se fait pas vendre du 8 % garanti : il sait ce que le rendement paie.
La part des projets en retard, en défaut et en perte, plateforme par plateforme, relevée chaque mois. Le contre-poison des promesses garanties.
Voir les taux de défaut →Le classement des plateformes par leur indicateur de rendement — volontairement incomplet, parce que toutes ne le publient plus.
Voir les rendements →L’annuaire des plateformes de financement participatif qui opèrent en France, avec leur agrément et leurs coordonnées.
Voir l’annuaire →Le forum et les évaluations d’investisseurs réels : le meilleur détecteur de mensonge reste la communauté.
Le forum des investisseurs →| Registre | Tenu par | Ce qu’il couvre |
|---|---|---|
| Listes noires de l’AMF | Autorité des marchés financiers | Cinq listes distinctes : Forex, options binaires, produits dérivés sur crypto-actifs, crypto-actifs, biens divers |
| Listes noires de l’ACPR | Autorité de contrôle prudentiel et de résolution | Faux livrets et faux dépôts, faux crédits, fausses assurances, usurpations d’établissements agréés |
| Assurance Banque Épargne Info Service | AMF, ACPR et Banque de France | Point d’entrée unique du public : mises en garde, vérification d’un professionnel, signalement |
Ces listes recensent les acteurs déjà repérés par les autorités. Elles s’allongent en continu : un site absent de ces listes peut parfaitement être frauduleux — il n’a simplement pas encore été signalé.
| Chiffre | Ce qu’il mesure | Source | Période |
|---|---|---|---|
| 1 351 | sites et acteurs ajoutés aux listes noires | AMF et ACPR | 2025 |
| 500 M€ | de préjudice annuel estimé en France | Parquet de Paris | estimation annuelle |
| 69 000 € | préjudice moyen d’une victime de faux livret | ACPR | trois premiers trimestres 2024 |
| 29 000 € | perte moyenne déclarée, tous types d’arnaques | AMF | à fin novembre 2024 |
| 19 000 € | préjudice moyen d’une victime de faux crédit | ACPR | trois premiers trimestres 2024 |
| 58 | sites ajoutés à la liste noire Forex | AMF et ACPR | 2025 |
| 71 | noms ajoutés à la liste des acteurs crypto non autorisés | AMF | 2025 |
| 29 | sites ajoutés à la liste des dérivés sur crypto-actifs | AMF et ACPR | 2025 |
Chaque ligne porte l’autorité qui publie la donnée et la période couverte : un chiffre dont nous perdons la source est retiré de ce tableau, il n’est jamais actualisé à l’estime. Ces montants sont des moyennes de préjudices déclarés : la fraude non signalée, de l’aveu des autorités, reste très largement supérieure.
Voici un extrait, pour donner à voir à quoi ressemblent concrètement ces inscriptions : des noms de domaine sans histoire, souvent créés quelques semaines avant la campagne, et retirés du web peu après leur signalement — pour renaître sous un autre nom.
Coupez le contact et ne versez plus rien immédiat
Ne répondez plus, ne payez aucun « frais de déblocage », ne laissez personne prendre la main sur votre ordinateur. Conservez tout : échanges, contrats, captures d’écran de l’espace client, relevés, numéros appelants, coordonnées bancaires utilisées. Ces pièces conditionnent tout le reste.
Prévenez votre banque et faites opposition le jour même
Un virement récent peut parfois être rappelé s’il n’a pas été exécuté ou si les fonds n’ont pas été dispersés. Demandez expressément le rappel du virement et le blocage de tout prélèvement à venir. Faites-le par téléphone puis par écrit.
Contestez formellement les opérations non autorisées au plus tard 13 mois
Si des opérations ont été passées sans votre consentement (données bancaires détournées, prise en main à distance, usurpation), la loi impose au prestataire de payer de rembourser immédiatement, sauf négligence grave de votre part. Contestez par lettre recommandée avec accusé de réception. Le délai est de 13 mois pour une opération dans l’Union européenne, réduit à 70 jours hors UE.
Déposez plainte sans attendre le remboursement
Commissariat, gendarmerie, ou par écrit au procureur de la République. Le dépôt de plainte est indépendant de la démarche bancaire, et souvent réclamé par la banque comme par l’assurance. Joignez-y l’ensemble des pièces conservées à l’étape 1.
Signalez aux autorités compétentes en parallèle
Votre signalement alimente les listes noires et protège les suivants — y compris si vous n’avez rien perdu. ABE Info Service pour les arnaques bancaires et d’épargne, l’AMF pour les placements financiers, SignalConso pour les pratiques commerciales, et PHAROS pour un contenu illicite en ligne.
Si la banque refuse, saisissez un médiateur après 2 mois sans réponse satisfaisante
Le médiateur de votre banque d’abord, dont les coordonnées figurent sur vos relevés et dans la convention de compte. Pour un litige portant sur un placement financier, le médiateur de l’AMF peut être saisi : la médiation est gratuite et suspend les délais de prescription.
Faites-vous accompagner selon les montants
Une association de consommateurs agréée peut vous épauler gratuitement. Au-delà de quelques dizaines de milliers d’euros, un avocat spécialisé en droit bancaire est un investissement raisonnable — la jurisprudence sur la responsabilité des banques en matière de fraude évolue vite, et plutôt favorablement.
Quelques semaines ou quelques mois après la première fraude, un nouvel interlocuteur vous contacte. Il se présente comme un cabinet de recouvrement, un avocat spécialisé, parfois comme un agent d’une autorité de régulation ou d’une administration. Il connaît le montant exact perdu, le nom de la plateforme, la date des virements. Pour cause : les fichiers de victimes se revendent entre escrocs.
La promesse est irrésistible : récupérer les fonds. La demande, elle, est toujours la même — des honoraires à avancer, une « caution », des « frais de dossier », une « taxe de déblocage ». C’est une seconde escroquerie, et elle réussit souvent mieux que la première.
Le réflexe le plus sain, si vous avez déjà été victime : ne traitez plus aucune sollicitation entrante liée à votre dossier. Les démarches utiles — banque, plainte, médiateur, association — sont toutes des démarches que vous initiez.
Avertissement. Les contenus, avis, exemples de portefeuille, classements et données publiés sur Argent-et-Salaire.com sont fournis à titre informatif et ne constituent ni un conseil ni une recommandation d’investissement ou une incitation à investir. Le financement participatif présente un risque de perte partielle ou totale du capital et d’illiquidité ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Certains liens peuvent être affiliés et rémunérer le site, sans coût supplémentaire pour l’utilisateur. Faites vos propres recherches et, si nécessaire, rapprochez-vous d'un conseiller.