Très sincèrement @nitki75, je vous le dis sans animosité aucune, mais je me permets de partager un point de vue qui me tient à cœur.
Je pense qu’il n’y a qu’en France – ou plus largement en Europe – que l’on a si peu la culture de l’entrepreneuriat, et où l’on a tendance à stigmatiser les échecs en occultant complètement les réussites. Ayant eu la chance de travailler un peu partout dans le monde, et notamment aux États-Unis, je peux vous assurer que cette manière de penser est très éloignée de ce que l’on observe dans d'autres cultures, où l’échec fait partie du parcours, de l’apprentissage, de la progression.
Je vais vous parler de mon propre parcours : j’ai fondé, dirigé ou accompagné un bon nombre d’entreprises, certaines florissantes, d’autres plus modestes, certaines qui ont fonctionné, d'autres qui n’ont pas rencontré leur marché. Au total, j’ai sans doute embauché plus de 3 000 personnes, créé de la valeur, payé énormément d’impôts, et contribué à l’économie réelle. Et pourtant, il y aura toujours quelqu’un pour dire : « Oui, mais en 2015, il a déposé Voxiaphone ! »
Oui, c’est un fait. Mais mettons les choses dans une balance : si l’on met d’un côté les réussites, et de l’autre les projets qui ont échoué, je pense que le bilan est, sans prétention, très largement positif. Et pourtant, en France, on retient ce qui n’a pas marché. Ce n’est pas une critique envers qui que ce soit, mais plutôt une réalité culturelle qu’il est bon de souligner.
Et ne parlons même pas des banques, qui ont tendance à classer un entrepreneur comme "à risque" dès son premier échec, sans tenir compte du contexte ni des enseignements tirés.
À partir du moment où un projet est mené dans le respect des lois, sans préjudice pour autrui, et sans faute volontaire, pourquoi un entrepreneur ne pourrait-il pas avoir le droit à l’échec, le droit de recommencer, et même de réussir ensuite ?
Très étrangement, lorsqu’un salarié n’est pas à la hauteur dans une entreprise, on le remercie, et il peut rebondir ailleurs sans que son erreur passée ne le suive éternellement. En revanche, pour un entrepreneur, l’échec est gravé dans le marbre, fiché, et mis à disposition de tous, comme un rappel permanent.
Je n’ai d’ailleurs rien contre Pappers, que j’utilise régulièrement. Mais je pense qu’il faut savoir prendre du recul, interpréter les données avec nuance, et surtout ne pas tirer de conclusions hâtives lorsqu’on n’a jamais soi-même tenté l’expérience entrepreneuriale.
Voilà pourquoi, @nitki75 — et encore une fois ce n’est absolument pas personnel — nous choisissons de ne pas afficher ce type d’éléments sur nos fiches projets, car ils demandent une lecture nuancée, une compréhension fine de ce qu’est réellement le parcours entrepreneurial.
Avant de juger, il faut prendre le temps de comprendre l’histoire derrière un homme, une femme, un projet.