Crowdfunding Défaut et recouvrement
Taux de défaut
Également appelé : taux de défaut crowdfunding, défaut de remboursement
Définition
Le taux de défaut mesure la part des financements qui ne sont pas remboursés comme prévu. Il s’exprime en montant ou en nombre de projets, et sa valeur dépend entièrement de trois choix : ce que l’on compte comme défaut, sur quel périmètre, et à quelle date.
Trois définitions cohabitent, et elles ne donnent pas le même chiffre
Il n’existe pas de définition unique du défaut en financement participatif. Selon la convention retenue, un même portefeuille peut afficher 3 % ou 12 %.
- Le défaut strict. Seules les pertes définitivement constatées sont comptées. C’est la définition la plus flatteuse et la plus tardive : elle ne reconnaît un problème qu’une fois toutes les voies de recours épuisées, parfois quatre ans après.
- Le défaut par le retard. Est en défaut tout projet dont le remboursement accuse un retard supérieur à un seuil — six mois est le seuil de place le plus courant. Beaucoup plus réactive, cette définition capte des situations qui se dénoueront finalement bien.
- Le défaut par la procédure. Est en défaut tout projet dont l’emprunteur fait l’objet d’une procédure collective. Objective et vérifiable, mais elle ignore les dossiers en difficulté qui n’ont pas encore basculé.
Aucune n’est fausse. Ce qui est faux, c’est de comparer un taux calculé selon l’une avec un taux calculé selon l’autre — situation extrêmement fréquente quand on compare deux plateformes sur leurs communications respectives.
En montant ou en nombre : deux lectures complémentaires
Le taux de défaut en nombre rapporte les projets en défaut au total des projets. Il répond à la question « quelle proportion de mes lignes pose problème ? ».
Le taux de défaut en montant rapporte les capitaux en défaut aux capitaux engagés. Il répond à « quelle proportion de mon argent est concernée ? ».
L’écart entre les deux est riche d’enseignements. Un taux en montant supérieur au taux en nombre signifie que ce sont les grosses opérations qui posent problème — situation nettement plus préoccupante que l’inverse. Publier les deux est un marqueur de sérieux ; n’en publier qu’un, un choix qui mérite d’être interrogé.
Le biais d’antériorité, principal piège de la comparaison
C’est le biais le plus puissant et le moins connu. Une plateforme récente affiche presque toujours un taux de défaut faible — non pas parce qu’elle sélectionne mieux, mais parce que ses opérations n’ont pas encore atteint leur échéance. Le défaut apparaît en fin de vie, jamais au début.
Comparer une plateforme de trois ans à une plateforme de douze ans sur leur taux de défaut brut n’a donc aucun sens. La comparaison honnête se fait à millésime comparable : quel est le taux de défaut des opérations financées en année N, observé à N+3 ? C’est cette lecture par génération que permettent des séries longues, et elle inverse parfois complètement le classement.
Ce que notre base mesure
Nous suivons les indicateurs de performance publiés par les plateformes depuis 2010, à raison de 1 334 relevés collectés à ce jour. Le taux de défaut agrégé du marché, calculé en montant sur un périmètre daté et selon une méthode unique appliquée à toutes, s’établit à 14,64 % au 31 juillet 2026.
Cette valeur n’est comparable ni à celle qu’une plateforme publie sur son propre périmètre, ni à celle d’un baromètre de place qui retiendrait une autre convention. Elle a un mérite : elle applique la même règle à tout le monde, ce qui est la seule condition d’une comparaison valide.
Le même portefeuille, trois taux de défaut
Une plateforme a financé 200 projets pour 100 M€. À la date d’observation : 24 projets (14 M€) accusent plus de six mois de retard, 9 projets (7 M€) sont concernés par une procédure collective, 4 projets (2,5 M€) ont donné lieu à une perte définitivement constatée.
| Convention | Taux en nombre | Taux en montant |
|---|---|---|
| Défaut strict (pertes constatées) | 2,0 % | 2,5 % |
| Défaut par procédure collective | 4,5 % | 7,0 % |
| Défaut par retard de plus de 6 mois | 12,0 % | 14,0 % |
Trois chiffres, un seul portefeuille, un écart de un à sept. Une plateforme qui communique « 2,5 % de taux de défaut » ne ment pas — elle a choisi une convention. Une autre qui affiche « 14 % » sur un portefeuille strictement identique ne se dénigre pas : elle en a choisi une autre, plus prudente.
La seule question utile à poser à une plateforme est donc : quelle est votre définition, sur quel périmètre, à quelle date ? Une plateforme qui répond précisément à ces trois questions en dit plus long sur sa qualité que le chiffre lui-même.
Exemple pédagogique construit pour illustrer le mécanisme. Les montants et les taux sont fictifs : ils ne préjugent d'aucune opération réelle et ne constituent pas une simulation de rendement.
Ce qu'il faut retenir
- Trois conventions de défaut cohabitent : pertes constatées, procédure collective, retard au-delà d’un seuil.
- Un même portefeuille peut afficher un taux allant du simple au septuple selon la convention retenue.
- Taux en montant et taux en nombre se lisent ensemble : un écart signale que ce sont les gros dossiers qui souffrent.
- Une plateforme jeune affiche mécaniquement peu de défauts : la comparaison n’a de sens qu’à millésime comparable.
- La bonne question n’est pas « quel est votre taux ? » mais « quelle définition, quel périmètre, quelle date ? ».
Les notions liées
Ces entrées appartiennent au même champ que « Taux de défaut » (famille « Défaut et recouvrement »). Les lire ensemble évite le contresens le plus fréquent : prendre un mot pour un autre.
Pour aller plus loin
- Le baromètre des taux de défaut Une méthode unique appliquée à toutes les plateformes suivies.
- Le guide des taux de défaut Lire les retards, les pertes et le vrai risque investisseur.
- La grille d’indicateurs de performance Ce que les plateformes s’engagent à publier, et ce qu’elles ne publient plus.
- Les échanges sur les projets en défaut Le suivi collectif, dossier par dossier.
- Le comparateur interactif des plateformes Confronter jusqu’à six plateformes sur l’historique de leurs indicateurs.
Questions fréquentes sur « Taux de défaut »
La question suppose une norme qui n’existe pas, puisque le chiffre dépend de la convention de calcul. Le raisonnement utile est différent : partez de votre taux moyen brut, retirez la fiscalité, et calculez quel niveau de perte annuelle annule votre gain. À 10 % brut et 31,4 % de prélèvement, environ 6,9 % net restent ; une perte de 7 % du capital engagé suffit alors à ramener la performance à zéro. C’est ce seuil-là qui compte, pas un chiffre absolu.
Le plus souvent, elle est simplement plus jeune. Le défaut apparaît en fin de vie des opérations : une plateforme dont aucune génération n’est arrivée à maturité affiche mécaniquement zéro. Vérifiez d’abord depuis quand elle opère et combien d’opérations ont été intégralement remboursées — un taux de défaut nul sur trente opérations soldées n’a pas le même sens que sur trois cents.
Un retard est un décalage de calendrier : le remboursement n’a pas eu lieu à la date prévue mais reste attendu. Un défaut suppose que le remboursement est compromis — procédure collective, perte constatée, ou retard si prolongé qu’il change de nature. Beaucoup de retards se dénouent normalement. Confondre les deux conduit à surestimer le risque des plateformes transparentes et à sous-estimer celui des plateformes silencieuses.
Non. « Taux de défaut » décrit un mécanisme général ; sa portée exacte dépend de la rédaction du contrat, du règlement ou de la note d'information de l'opération concernée. Deux acteurs peuvent employer le même terme pour des engagements sensiblement différents. Cette entrée sert à poser les bonnes questions, pas à remplacer la documentation, qui seule fait foi.
Dans nos baromètres, alimentés par les indicateurs publiés par les plateformes elles-mêmes : taux de défaut et de perte, taux et durées, montants financés. Le classement des plateformes les agrège avec les évaluations de la communauté d'investisseurs.
Le 29 juillet 2026. Les entrées du lexique sont révisées à chaque évolution du texte ou de la pratique qu'elles décrivent, et les repères chiffrés qu'elles affichent portent leur propre date d'arrêté, distincte de celle de la définition.
Dans le lexique complet, qui regroupe l'ensemble des entrées par famille — fondamentaux, montage, sûretés, rendement, défaut, réglementation, SCPI, fiscalité et liquidité — avec une recherche par mot-clé.